Exposition « Sinus » de Boris RAUX à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne (27/05 — 29/05/2026). Vernissage mercredi 27 mai, 18h
L’art olfactif contemporain est une pratique artistique qui intègre l’odorat dans l’expérience artistique et esthétique, en apportant des vécus sensoriels inédits.
Depuis une vingtaine d’années, Boris Raux explore un sujet peu abordé : les odeurs. Il l’ouvre aujourd’hui à l’ensemble des “sensorialités proches” que sont aussi le goût et le toucher, afin de réincarner notre expérience de l’art de manière plus holistique. Cet intérêt sensoriel lui permet de nourrir une approche de plus en plus centrée sur la production d’expériences intimes collectivement partagées, où l’enjeu principal est de favoriser la rencontre de l’Autre.
À la croisée des disciplines entre art, science, design et architecture, ses œuvres se développent dans un contexte autant international que local, pour les adultes comme pour les enfants, dans des institutions culturelles ou des espaces non conventionnels, autant au sein d’une pratique personnelle que collaborative, parce que partir à la recherche de cet Autre, c’est s’ouvrir à la diversité des écosystèmes et des modes de vies et ne pas projeter une discipline.
Au travers de ces multiples formes de mise en partage de nos différentes natures et cultures, Boris Raux tente de tracer une fine ligne utopique où la pratique de l’art nous donne intimement envie de refaire front commun. (source : https://dda-auvergnerhonealpes.org/fr/artistes/boris-raux/en-bref)

Exposition « Sinus »:
« Un tronc de bouleau tombé par la force du temps gît à la lisière de la forêt. Impossible d’en relever la cime, les racines sont affectées mais il reste possible de lui rendre un dernier hommage.
Le voici déplacé dans un lieu d’art, enrubanné sur un humble piédestal, mis sous perfusion afin de continuer à faire vibre son essence.
Relié à une cocotte-minute qui hurle énergétiquement sa fureur, un flux de vapeur traverse ce tronc afin de le distiller en continu. L’atmosphère se charge de sa présence, son tronc suinte quelque peu, son toucher se fait chaleureux, des volutes virevoltent dans l’air, l’hygrométrie s’alourdit.
L’odeur de son essence emplit tout l’espace d’une senteur mi-végétale, mi-animale qui nous interpelle au plus profond de nous-même en pénétrant littéralement dans le corps et l’esprit par notre nez. L’instant oscille entre recueillement silencieux et pulsation grinçante d’une ultime perfusion. La chute est irrémédiable mais n’est pas fatale non plus. À nous tous de prendre position dans notre façon d’être au monde avant de retourner à la terre comme ce tronc qui bientôt retournera nourrir la vie du sol.
Comment passer de l’exposition à l’expérience de soin du monde. Pour les autres ? Pour nous ? Pour nos relations, c’est certain. »
Boris Raux
Pour en savoir plus sur Boris Raux : https://dda-auvergnerhonealpes.org/fr/artistes/boris-raux


Ci-dessous, une partie d’un texte deCamille Azaïs (2024) sur cette exposition (pour l’intégralité du texte voir : https://dda-auvergnerhonealpes.org/fr/artistes/boris-raux/oeuvres/sinus/boris-raux-sinus) :
« ….. Dans le parc naturel du Pilat, il (le bouleau) prospère dans les interstices entre les forêts les plus matures, remarquables pour leur biodiversité, et les zones exploitées. C’est là que Boris Raux est venu prélever l’un d’entre eux, un vénérable bouleau qui déjà entamait son déclin vers la mort. Exposé sur une structure en pin à la manière d’un gisant, cet être végétal se voit offrir ici un dernier hommage : la force encore vive de son corps débité à la scie (transport en Traffic oblige) peut s’exprimer pour une saison encore, sous la forme de son odeur. Dans un élan de réciprocité, le bouleau ainsi honoré, grâce à la vapeur d’eau qui, en le traversant, se charge de ses huiles essentielles, prend soin de nos sinus.
Le monde des odeurs passionne Boris Raux depuis ses débuts, il y a une vingtaine d’années. Cet endroit « fragile et vaporeux », largement impensé dans le monde de l’art, a fait l’objet dans son travail d’une évolution féconde. Depuis les premières installations « pop » où il mettait en scène les odeurs standardisées de notre quotidien (gels douches, cubes Maggi, lessives) aux récentes Fabriques où l’odeur est un point de départ pour penser des manières de se lier les uns aux autres, Boris Raux est passé d’un intérêt pour la « capture » des odeurs sous la forme de parfums élaborés (une logique de contrôle et de recréation) à celui pour la complexité de senteurs dégagées librement par des corps odorants.
Boris Raux ne crée pas des parfums avec des parfumeurs comme peuvent le faire d’autres artistes (je pense à Julie C. Fortier, ou aux expérimentations de Morgan Courtois) mais cherche à nous rendre sensibles à cette part refoulée de nos vies et de notre expérience de l’art, qui nous pousse à la rencontre.
Les odeurs, ce sont des corps qui s’interpénètrent. C’est sans doute pour cela que leur charge émotionnelle est si grande : nous ne pouvons résister à leur envahissement. Sinus nous met en présence d’un être non-humain, de son odeur boisée, fumée, des tannins de son écorce, des copeaux de son bois clair dont on aime tirer des bâtons de sucettes et des abaisses-langue. Ce faisant, l’artiste ne célèbre pas seulement l’arbre en tant qu’arbre, mais aussi l’arbre en nous. Car dans un environnement irrémédiablement dégradé comme le nôtre, il est grand temps d’apprendre une chose essentielle, à savoir traverser, et se laisser traverser par toutes les formes de vie, même les plus simples et les plus communes. »
Camille Azaïs

