Bretagne — Promenade olfactive dans un jardin breton
Cet atelier olfactif a réuni dans le jardin des dunes, quatre enfants, accompagnés d’une amie, psychologue scolaire. Je la remercie encore pour la prise de photos très réussies et pour son accompagnement tout au long de l’activité. L’idée était de faire découvrir aux enfants de ma rue, le sens de l’odorat à travers plusieurs expériences ludiques et sensorielles, en variant les approches : comparaison d’odeurs, dégustation à l’aveugle, toucher les yeux bandés, et création d’un objet olfactif personnel.

Le groupe installé en cercle sur le tapis, au début de l’atelier
Mise en route : les cinq sens
L’atelier a débuté par une question ouverte posée aux enfants : « Qu’est-ce qui nous permet d’être en contact avec le monde qui nous entoure ? » Sans difficulté, les enfants ont immédiatement cité les organes permettant d’appréhender notre environnement, puis de citer les cinq sens connus, la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat, posant ainsi les bases de la séance.
Le voyage des odeurs : une histoire inventée
Pour expliquer aux enfants le fonctionnement de l’odorat de façon accessible et imagée, j’ai inventé une histoire transformant le mécanisme olfactif en voyage maritime :
Les molécules odorantes deviennent de petits bateaux invisibles ;
Elles sont transportées par le vent jusqu’aux ports, nos narines ;
Dans chaque port, les récepteurs olfactifs jouent le rôle de gardes qui reconnaissent parfois les « bateaux » ou n’ont pas toujours le drapeau pour les identifier.
Ils envoient des signaux à la capitainerie, qui représente le bulbe olfactif ;
La capitainerie organise les informations comme sur une carte ;
Puis le cerveau, notre belle ville portuaire consulte en quelque sorte la carte et le journal de bord (la mémoire) pour déchiffrer les signaux, et éventuellement, faire surgir un souvenir, identifier ou pas le bateau rentré au port.
Cette métaphore a permis aux enfants de visualiser un processus invisible, et de mieux comprendre comment une odeur peut parfois réveiller un souvenir précis.
Atelier 1 — Pareil, pas pareil
Les enfants ont été invités à retrouver des odeurs par paires, à l’aide d’infuseurs à thé contenant différentes matières premières : café, menthe bergamote, gingembre, basilic, poivre noir.
Une première tentative « locale » a également été proposée avec des algues séchées, récoltées directement sur la plage. L’odeur, très puissante, n’a pas été appréciée par les enfants, une expérience intéressante malgré tout, qui a suscité de vraies réactions et permis d’aborder la notion d’intensité olfactive mais surtout de dissocier la matière première de l’odeur qu’elle dégage.

Présentation de la carte « La menthe bergamote », à quoi ressemble la bergamote ?

Les enfants goûtent, les papilles en éveil
Atelier 2 — Le nez bouché
Ce second atelier proposait une expérience autour des cinq saveurs, nez bouché, afin de mettre en évidence le lien étroit entre goût et odorat :
Sucré, avec la cassonade ;
Salé, avec du sel récolté directement sur les rochers
Amer, café refroidi
Acide, jus de citron
Umami, concentré de tomate
En bouchant le nez, les enfants ont pu constater à quel point la perception des saveurs change lorsque l’odorat est mis à l’écart : une belle façon de leur faire ressentir, plutôt qu’expliquer, le lien entre les deux sens.

Observation des cinq saveurs avec le groupe, sous le parasol
Atelier 3 — Le toucher à l’aveugle
Dans ce troisième atelier, les enfants devaient toucher des fruits sans les voir et décrire leurs sensations tactiles : rugueux, doux, granuleux, lisse, duveteux… Ils devaient ensuite décrire la forme perçue (l’objet était souvent deviné dès cette étape) avant de valider leur hypothèse en le sentant ( ça sent l’odeur du citron) et enfin de retirer les lunettes pour découvrir le fruit.
Pour l’occasion, ce sont les lunettes d’éclipse (utilisées quelques jours plus tôt lors de l’éclipse solaire) qui ont servi de bandeau opaque, un joli clin d’œil et une belle façon de recycler un objet insolite !

Les enfants portant les lunettes d’éclipse, prêts pour l’exploration tactile

Toucher et différences olfactives en grattant l’écorce d’un citron, les yeux masqués
Atelier 4 — Créer son stick olfactif
Le dernier atelier consistait à sentir plusieurs huiles essentielles et à choisir celle qui convenait le mieux à chaque enfant, afin de préparer un stick olfactif personnel à emporter.
Une petite fille a fait une remarque particulièrement touchante : « c’est bien, je sens que je pourrais l’utiliser le soir avant de m’endormir ». Une belle illustration du pouvoir apaisant de l’orange douce, et de la capacité des enfants à s’approprier ces objets sensoriels dans leur quotidien.
Un autre enfant a tenu à mélanger l’Ylang Ylang et la lavande, résultat plutôt agréable !

Préparation du stick olfactif à la pipette, à partir d’une huile essentielle d’orange douce

Sélection des huiles essentielles et d’hydrolats (géranium rosat, gingembre…) sur la table de préparation

Vue d’ensemble : cartes-jeu, infuseurs et feuilles de notes des enfants
Atelier non réalisé : les trésors du jardin
Faute de temps, l’atelier consacré aux produits du jardin n’a pas pu être mené. Il était pourtant prêt : sève de pin du jardin, criste marine, feuille de figuier et figue, eucalyptus, fenouil sauvage, trachelospermum jasminoïde (faux jasmin), autant de végétaux locaux et de saison qui pourront être proposés lors d’une prochaine séance.

Installation prête pour l’atelier « jardin » (figuier, eucalyptus…), non réalisé faute de temps
Traces écrites et dessins
Tout au long de la séance, les enfants disposaient de quoi noter, dessiner ou écrire leur odeur préférée. Plusieurs réactions spontanées ont marqué l’atelier :
un enfant a voulu prendre une mèche de cheveux de son frère pour la sentir, avant de finalement la dessiner.
une autre enfant a choisi d’écrire « l’odeur de ma maman » comme odeur préférée.
Ces moments témoignent de la dimension affective et évocatrice de l’odorat, souvent lié à des personnes et des souvenirs proches.
En conclusion
Cet atelier a permis aux enfants d’explorer l’odorat sous des angles variés (comparaison, dégustation, toucher et création) dans une ambiance ludique et bienveillante en plein air, dans un joli jardin de bord de mer. Les réactions spontanées et les créations des enfants montrent à quel point ce sens, souvent moins sollicité que la vue ou l’ouïe, sait toucher à l’intime et à la mémoire.
Un grand merci aux enfants pour leur curiosité, leurs sourires et leur spontanéité et aussi aux parents qui ont apprécié l’activité proposée à leurs enfants.
Je dédicace cet atelier à Lou qui n’a pas voulu sentir ce jour mais qui en aura peut-être envie l’année prochaine.
Hélène Fournier

